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Laélia : traumatisme à 5 ans - partie 1

Cet article fait partie d’un ensemble d’articles en lien avec mon roman Aynor T1- Trahisons

Découvre ici un épisode inédit de l’enfance de Laélia, l’héroïne de Aynor.

Laélia se pressa contre la jambe de sa nourrice. Kiara passa une main moite dans les cheveux de l’enfant sans lui accorder le moindre regard. 

– J’ai entendu dire que Marggy avait accouché d’un garçon, reprit la femme. Mort… La pauvre ne s’en remet pas. On dit qu’elle se laisse dépérir depuis plusieurs lunes. Et…

Kiara se pencha en avant. Les cinq femmes qui l’entouraient s’approchèrent dans un foisonnement de jupes colorées qui noyèrent Laélia. Elle se dégagea tandis que sa nourrice continuait de déverser les potins du moment. 

Ceux-ci n’intéressaient pas la petite fille. Elle était bien trop occupée à observer le monde autour d’elle. Elle n’avait que peu d’occasions de sortir de la riche demeure de ses parents et avait bien failli échouer dans son essai de les convaincre. Elle ne regrettait pas d’avoir réussi. Veema était en effervescence. C’était le dernier des vingt-huit jours qui marquaient la fin du temps du temps d’entre-deux d’automne. Aujourd’hui, la famille royale allait renouveler le rituel magique qui protégeait le monde de Varsën.

Des commerçants en tous genres avaient dressé des étalages à chaque coin de rue. L’odeur des gâteaux à peine sortis du four se mêlait à celle du sang du gibier chassé la veille. Les cris des vendeurs se joignaient aux rires de la foule. Des enfants se poursuivaient en désordre et Laélia suivait du regard leurs corps à demi nus, les yeux écarquillés. Elle ne se souvenait pas d’avoir jamais vu autant de monde à la fois.

Le mouvement et le bruit incessant la faisaient frissonner d’appréhension tout en réveillant sa curiosité. Elle abandonna un instant la contemplation des rues agitées pour se tourner vers l’adulte responsable d’elle.

– Kiara ?

Prise dans sa discussion, la nourrice ne réagit pas.

À cinq ans, Laélia n’était pas patiente. Elle dansa un moment d’un pied sur l’autre tandis que l’impatience grandissait en son coeur. Elle avait voulu sortir pour assister à la représentation théâtrale donnée sur la grande place, devant le palais royal. Elle avait tant insisté qu’Ylaïs avait finalement cédé. Trop occupée par la réception qu’elle donnait le soir même, sa mère l’avait confiée aux soins de la nourrice. 

« Reste à côté de Kiara et obéis à ses ordres ! » avait répété une bonne dizaine de fois Ylaïs avant de la laisser s’échapper.

Laélia était tellement excitée qu’elle en avait oublié Ry, le doudou dragon qui ne la quittait jamais. Elle le regrettait en cet instant et se demandait comment elle avait bien pu lui faire faux bond ainsi.

– Kiara… tenta une nouvelle fois la fillette.

Sa voix se perdit dans le brouhaha ambiant. Laélia leva la main pour toucher le bras de la nourrice qui la repoussa sans cesser de parler. L’enfant n’avait aucune notion du temps, mais le soleil était déjà haut dans le ciel et sa peur de rater le début de la représentation devenait plus forte à chaque instant. Kév, le fils d’un voisin, de trois ans son aîné, disait y avoir assisté l’année précédente. Il avait parlé de comédiens aux vêtements extravagants, de chevaux magnifiques et d’une distribution de mets dignes de la table royale. Depuis des lunes et des lunes, Laélia rêvait de voir tout cela de ses propres yeux. Oui, mais voilà… Kiara avait croisé des amies et l’avait oubliée.

« Obéis toujours aux adultes. Fais ton devoir. Sois digne de ton rang. » assema Ylaïs dans sa mémoire. 

Prisonnière de principes qu’elle n’avait jamais enfreints, Laélia ne pouvait se résoudre à insister. Elle balaya à nouveau du regard les ruelles de Veema et suivit avec envie la course d’un gamin crasseux. Faute de pouvoir l’accompagner, elle observa l’étalage tout proche d’un marchand. Accrochés à une barre de bois, des rubans multicolores voltigeaient au gré des courants d’air. Laélia les regardait danser lorsque brusquement l’un d’eux se détacha. Il navigua jusqu’à ses pieds où il se figea un instant. La fillette s’accroupit et l’effleura du doigt. Soudain, le ruban se disloqua en un millier de particules dorées.