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Au fil des mots de Lou

Cet article fait parti d’une série d’articles en lien avec mon nouveau roman Gecko. 

Il fait chaud. Ça fait tellement du bien au milieu de ce monde noir.

C’est bête, je devrais écrire autre chose que ce que je ressens, mais ce sont les premiers mots qui me sont venus à l’esprit en ouvrant ce carnet, et quelque chose au fond de mon inconscient me souffle qu’il faut me laisser écrire.

Peut-être qu’ainsi, je retrouverai la mémoire…

Ça y est, je suis glacée de l’intérieur maintenant. J’ai tellement oublié… et je me demande parfois s’il ne vaudrait pas mieux que je reste ainsi et que j’essaie juste de me reconstruire une vie.

Je pourrais le faire sans doute.

J’ai levé les yeux pour regarder Alysé. Elle est en train d’essuyer une des pinces dont elle se sert pour créer des bijoux. Il y a plein de petites boîtes colorées posées sur la table basse devant elle, remplies de ses trésors : des perles, des breloques, des fils de cuivre. Créatrice de bijoux attitrée pour la reine ce n’est pas rien !

Je me demande…

Je me demande pourquoi elle risque sa vie pour moi.

Je me demande si elle me proposerait de rester avec elle. De m’apprendre son métier.

Est-ce que j’aimerais ?

Je ne sais pas.

Aller, il faut que je fasse un effort et que je retienne mes larmes. Chaque fois que je me heurte au trou noir dans ma tête, ça fait mal. Vraiment.

J’ai à nouveau arrêté d’écrire pour observer la pièce où nous nous trouvons. La chambre est simple : une cheminée dans laquelle crépite un feu, un grand lit recouvert de fourrures vertes – mes orteils nus se délectent de leur caresse soyeuse, j’ai besoin de douceur-, une étagère sur laquelle on a posé un bouquet de fleurs séchées – elles sont recroquevillées sur elles-mêmes, ne sentent plus rien du tout, mais apportent quand même une petite touche sympa- et une table basse, celle qu’utilise Alysé.

Alysé.

Mes yeux se sont à nouveau arrêtés sur elle. Pas longtemps pour ne pas la déranger. Il y a dans mon coeur une affection si profonde qu’elle remplit l’espace vide, qu’elle illumine mes ténèbres. Je ne sais pas comment c’est arrivé et je m’en moque. Je profite simplement de la présence d’Alysé, de son regard intense, de sa bienveillance.

J’aurais envie de lui poser mille questions, d’explorer ses souvenirs, de comprendre son passé, de découvrir qui elle est derrière le peu de choses qu’elle dévoile d’elle. Je sais que je n’aurais pas le temps. Alors je savoure chaque seconde passée en sa compagnie.

– J’espère qu’elle ne lira jamais ces mots. C’est une chose de les penser, c’est plus dur de l’avouer. –

Je m’éloigne de l’objectif initial de ce carnet : celui de noter les éléments importants qui me reviennent sur qui je suis, ce dont je suis capable et tout ce qui pourrait être utile pour reconstituer le puzzle de ma mémoire et m’aider à m’échapper de ce monde.

Allons-y donc pour la revue des deux dernières choses importantes :

– je pense que je suis une maman. Mon coeur vibre quand apparaît ce petit garçon au tee-shirt jaune. Est-ce mon fils ? Pourquoi me fuit-il ?

– je pratiquais l’aïkido avant et, au regard de la façon dont j’ai neutralisé Théodor tout à l’heure, je dois être plutôt douée.

C’est fou… je me sens tellement gauche physiquement depuis que j’ai débarqué ici. J’ai constamment des nausées, je m’essouffle dès que je fais trois pas, je n’arrive pas à suivre le rythme d’Alysé. Ça fait presque du bien de trouver un domaine de compétences. J’avoue que j’aurais bien renvoyé Théodor au sol pour avoir eu l’idée de nous faire sauter dans la citerne…

J’ai frémi et ma main tremble alors que j’écris ces mots. Ça fait des lettres tordues, mais au fond ça va bien avec les pages gondolées de ce carnet.

Je ne sais pas quoi penser de Théodor. Je me méfie. On ne peut pas être honnête et tenter de voler des sacs… en même temps, Alysé lui fait confiance. Elle l’a envoyé acheter de nouvelles robes pour que nous soyons présentables demain.

Demain… nous allons tenter de pénétrer dans le palais du roi. J’aimerais tellement retrouver là-bas les affaires qu’on m’a confisquées le premier jour. Surtout le porte-feuille. Je suis sûre qu’il contient des informations essentielles. Mon vrai prénom ?

Je lève à nouveau les yeux vers Alysé, assise en tailleur sur le tapis épais. Est-ce que j’ai vraiment envie qu’elle m’appelle autrement que Lou ?

Elle nettoie toujours ses instruments. Entre les pinces et le petit poignard, on dirait qu’elle s’apprête à opérer.

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